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Fabien Loszach: «Il y a une grande part de chance dans la réussite personnelle»

Après un doctorat en sociologie portant sur la créativité, Fabien Loszach a travaillé comme consultant dans le domaine médiatique et numérique avant de devenir stratège, puis directeur et, enfin, vice-président interactif de Brad. Chroniqueur à Radio-Canada Première, chargé de cours à l’Uqam et formateur au CAMPUS Infopresse, il a développé une expertise solide en stratégie interactive et en contenus. Portrait.

1. Comment définiriez-vous votre parcours professionnel?

On aime souvent mettre de l’avant notre réussite personnelle. Pour ma part, j’avoue avoir été chanceux et un peu opportuniste. J’avais une carrière universitaire, je m’étais lancé dans un doctorat par intérêt, car j’étais à l’époque plus branché sur l’art classique et moderne que sur les nouvelles technologies. Petit à petit, je me suis rendu compte qu’il était compliqué d’avoir une carrière universitaire. Cette réalité m’a incité à accepter comme pigiste des contrats en communication. Bon an mal an, j’en remplissais de plus en plus.

Un jour, Patrick Beaudoin, que j’avais rencontré chez Cossette, m’a invité à tenir une chronique à l’émission La sphère, alors qu’il venait de prendre la direction de la radio de Radio-Canada. Mon intérêt pour les nouvelles technologies était de plus en plus fort, et l’occasion de pouvoir en parler couramment à la radio m’a séduit et m’a donné envie de me plonger tête première dans cet univers alors en pleine ébullition. C’est à ce moment que j’ai décidé d’entrer en agence pour poursuivre dans cette voie des médias numériques et des tendances numériques.

Le contexte a fait que les réseaux sociaux et les contenus numériques étaient en train de prendre de plus en plus d’importance. J’étais au bon endroit au bon moment. Après, j’ai aussi été très chanceux de travailler avec une équipe dirigeante très ouverte et aussi d’avoir croisé le chemin de personnes qui m’ont grandement aidé, comme Sophie Giroux, notre directrice au contenu. Je lui dois beaucoup.

«JE TRAVAILLE DANS LE MILIEU DE LA PUBLICITÉ, C’EST UN UNIVERS QUI ME PERMET DE FAIRE DE LA SOCIOLOGIE TOUT le TEMPS!»

Aujourd’hui, je suis très épanoui dans mon travail, car j'évolue dans un univers qui me permet de faire de la sociologie tous les jours. Je gravite entre la stratégie interactive, la planification, les contenus; il n’y a pas une université qui m’aurait permis ça.

2. En quoi votre métier a-t-il changé ces dernières années?

Le déplacement inexorable des budgets publicitaires vers le numérique a fait évoluer mon métier très vite. On observe plusieurs mouvements de fond: une standardisation des sites sous la pression de l'appareil mobile, le duopole de Google et Facebook pour les achats médias, le besoin de produire du contenu à une fréquence quotidienne, l’accent mis sur le «owned» comme les blogues, courriels et la gestion de la relation clientèle, etc.

Au quotidien, l'on travaille beaucoup moins par projet et plus sur un accompagnement quotidien de la marque dans tout son écosystème interactif. Chez Brad, on a beaucoup travaillé à ça ces derniers mois pour arriver à offrir une structure qui offre flexibilité, expertise et conseil à nos clients tout en étant concurrentiels sur le marché.

3. Quel est le plus grand défi auquel vous avez dû faire face dans votre parcours professionnel? Et qu’en avez-vous retiré?

«ON ASSISTE ACTUELLEMENT à UNE LUTTE FÉROCE POUR RECRUTER DES gens de TALENT. IL EST DEVENU très DIFFICILE DE les RECRUTER ET DE LES FORMER afin QU’ILS RESTENT AU SEIN DES ÉQUIPES.»

Le défi du moment, c’est l’économie du plein emploi. On assiste actuellement à une lutte féroce pour recruter des gens de talent. Il est devenu très difficile de les recruter et de les former afin qu’ils restent au sein des équipes. Quand tu es en situation de plein emploi, les employés détiennent le gros bout du bâton.

À mon avis, c’est encore un des plus grands défis au sein des agences. Chez Brad, on se définit comme la plus grosse des plus petites agences et la plus petite des plus grosses. On forme plusieurs personnes qui prennent beaucoup d’assurance et veulent ensuite, avec raison, relever d’autres défis ailleurs. À l’interne, c’est un de nos grands défis, comme pour le reste de l’industrie. 

4. Quel conseil donneriez-vous à la personne qui aimerait suivre vos traces? 

«IL N’Y A PAS DE RÉUSSITE INDIVIDUELLE, TOUT CE DISCOURS INDIVIDUALISTE ET MANAGÉRIAL STYLE LINKEDIN, C’EST DE LA FOUTAISE!»

Pour être honnête, tout ce discours entrepreneurial sur les carrières, les traces, les modèles me fatigue. Je suis un chanceux, je le redis: je n’ai jamais été malade, je n’ai jamais subi d’épuisement professionnel ou de dépression, je suis très bien entouré au travail et à la maison, où ma conjointe en prend beaucoup sur ses épaules. 

On accorde trop d’importance à la réussite individuelle, alors que tout est souvent une question de contexte et d’entourage. Mais cela ne cadre pas trop avec le narratif du jeune professionnel dont la vision et la volonté lui ont permis de laisser sa marque… J’essaie d’avoir une posture très humble par rapport à ça, j’ai eu la chance d’avoir des parents très présents pour qui l’éducation était la chose la plus importante. Ils m’ont épaulé dans mes choix, ils ont fait des sacrifices pour que je réussisse. Il n’y a pas de réussite individuelle, tout ce discours individualiste et managérial style LinkedIn, c’est de la foutaise! C’est sûr que ça prend beaucoup de curiosité, de culture et de travail pour réussir, mais ça prend aussi beaucoup de chance et du soutien.  

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Fabien Loszach  animera plusieurs formations au CAMPUS Infopresse dans les prochains mois, dont «Repenser le service client à l’ère du numérique» à Montréal les 20 avril et 19 juillet prochains, et «Gérer efficacement un site de e-commerce» le 31 mai prochain, également à Montréal, mais aussi à Sherbrooke, le 8 juin.